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Député des Français de l'étranger

Asie, Océanie, Europe de l’Est

Lors de son déplacement en Australie, Thierry Mariani a répondu aux questions du Petit Journal de Sydney

11 mai 2015

THIERRY MARIANI – L’Europe devrait s’inspirer de la politique migratoire australienne

A l’occasion de sa visite à Sydney, lepetitjournal.com/sydney a rencontré Thierry Mariani, député UMP des Français de l’étranger de la 11ème circonscription qui comprend l’Australie, pour recueillir son avis sur la politique migratoire australienne de Tony Abbott et savoir si celle-ci peut être un exemple pour l’Europe : la réponse est tranchée.

Lepetitjournal.com/sydney – Vous présidez la Commission des Migrations au Conseil de l’Europe et vous avez remis un rapport sur les flux migratoires qui a été adopté la semaine dernière par l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe (Institution inter-gouvernementale créée en 1949 et qui rassemble 47 pays européens et 800 millions de personnes).

Que pensez-vous de la situation en Europe et est ce que la politique migratoire australienne peut être un exemple à suivre ?

Thierry Mariani – La vraie question c’est “est-ce qu’on a envie de protéger ses frontières ?” Le discours que j’entends en Europe aujourd’hui est catastrophique : il consiste à mettre plus de bateaux pour sauver les gens et à envoyer le mauvais message. C’est évidemment nécessaire de sauver ces gens mais il faut qu’en même temps qu’ il y ait un message politique fort. Aujourd’hui un migrant qui monte sur un bateau a deux issues possibles: soit il meurt en mer et c’est inadmissible, soit il survit, arrive en Europe dont il ne repart jamais. Il invoque le droit d’asile et c’est terminé.

Il y a quatre pays en situation catastrophique : Malte dont on ne parle jamais, l’Italie, la Grèce et la Turquie qui accueille plus de 1 million de réfugiés. La Grèce a des frontières très difficiles à surveiller du fait de la multitude d’îles et l’Italie qui, de part sa proximité géographique, est la plus concernée par le phénomène. Phénomène qui n’en est d’ailleurs qu’à son début : en auditionnant un responsable du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) pour mon rapport, j’apprends qu’en Lybie ce sont 200,000 personnes qui attendent pour passer. Un chaos indescriptible est en cours et la mer plus calme va engendrer plus de passage, de plus en plus de morts et de clandestins. On a trois fois plus de victimes au début de 2015 qu’en 2014, le mouvement est entrain d’exploser et fera plus de victimes qu’Ebola. (En 2014, plus de 210 000 migrants en situation irrégulière et réfugiés ont traversé la Méditerranée, parmi lesquels 170 000 sont arrivés en Italie. Dans le même temps, 3 500 personnes ont péri en mer. Au cours du premier trimestre de 2015, les chiffres s’élèvent à plus de 30 000 arrivées et 1 500 personnes ayant trouvé la mort par noyade).

Et j’ajoute que ceci n’est pas structurel si l’on regarde les choses en face, l’Afrique c’est une démographie qui explose et une croissance qui, si elle décolle dans certains Etats, ne suffit pas à régler les problèmes démographiques. Il s’agit d’un phénomène qui va durer 20 ans. Soit l’Europe se décide à prendre une vraie politique, ou le message c’est “prenez la mer et si vous survivez, vous serez accueillis en Europe” . Ce qui entraîne un double constat d’échec, parce que cela entraîne des milliers de morts et une situation politiquement inacceptable en Europe dont les pays ne peuvent plus choisir qui ils accueillent.

Car ce qu’il faut savoir c’est qu’avec le règlement de Dublin, c’est le pays sur lequel le migrant a posé le premier pied qui doit traiter la demande d’asile. Un pays comme l’Italie est responsable de traiter la plupart des demandes, les Italiens ne le peuvent pas donc ils les relâchent et les gens remontent en Europe. (2000 personnes arrêtées à la frontière franco-italienne il y a quelques jours).

De ce point de vue, la politique australienne c’est une solution dure mais pragmatique et efficace.

Est ce qu’elle est applicable en Europe ? La gestion des migrants off shore par exemple ?

Que cela plaise ou non, l’exemple australien est efficace. En tout cas il y a moins de morts. La fermeté est dissuasive et le laxisme incitatif. Si je prends la bateau pour passer en Australie je sais que je finirai à Nauru ou au Cambodge. Si je prends le bateau pour l’Europe j’ai une chance d’y arriver. Le message politique est plus important que tout, on ne tente pas ou moins quelque chose qui est absolument impossible

Le paradoxe c’est que tous les humanistes disent que la solution australienne est inhumaine, au contraire c’est celle qui aujourd’hui entraîne le moins de pertes. C’est la seule solution qui garantit un choix de population pour chaque Etat qui est en droit de dire ce qu’il veut accueillir. C’est vrai ils n’ont pas de chance, c’est vrai qu’ils viennent de pays en guerre, mais tous les Etats ne sont pas en guerre et la France, l’Italie , l’Espagne n’ont pas vocation à accueillir tout le monde.

On peut effectivement s’inspirer de l’exemple australien d’abord sur le message politique : “pas d’issue” et en Europe pour le moment nous envoyons le message inverse

Deuxièmement le traitement à l’extérieur des demandeurs d’asile, je l’ai fait mettre dans le rapport et cela a été adopté. Certains pays l’avaient déjà proposé, Berlusconi l’avait proposé.
L’exemple australien est intéressant car il y a toujours une solution. il faut arrêter avec cet humanisme béat qui engendre des catastrophes, c’est au nom d’un humanisme béat que l’on est intervenu en Lybie et on voit le résultat.

C’est hallucinant comment l’Australie est présentée dans certains médias français sur la manière dont elles traitent ses immigrés et ce sont ceux qui critiquent, qui déplorent aussi les victimes des bateaux mais c’est le message laxiste qui est envoyé qui provoque cela et qui tue. La mentalité en Australie est totalement différente, il y a beaucoup plus de pragmatisme. Et le pragmatisme est un gros mot en France !

Troisièmement, je pense qu’il faut faire des opérations préventives de destruction des navires. Certains disent qu’il faut attendre le feu vert des Nations Unies, que je pense nous n’aurons pas.

Au niveau européen?
Il n’y a pas de force armée européenne donc cela doit passer par les Etats concertés comme cela s’est fait dans le passé pour la crise entre l’Albanie et l’Italie ou entre l’Espagne et le Sénégal.

L’Europe est en état de légitime défense humanitaire et de ses frontières, nous devons prendre la responsabilité de les protéger.

Propos recueillis par Flore Gregorini, Lepetitjournal.com/sydney

http://www.lepetitjournal.com/sydney/accueil/actualite-australie/214768-thierry-mariani-l-europe-devrait-s-inspirer-de-la-politique-migratoire-australienne